Sourcinc, le sourcing et l'IA: dix ans plus tard, les convictions évoluent, pas l'ambition

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Il y a des conversations pour lesquelles on devrait prévoir deux fois plus de temps. Celles avec Sébastien en font partie !

Avec Sébastien, on se connaît depuis longtemps. Sourcinc a d'ailleurs été l'un des premiers partenaires des Sources Humaines, et nos chemins n'ont jamais vraiment cessé de se croiser.

Chaque fois qu'on échange, c'est la même histoire: trop de sujets à aborder, des idées à confronter, des expériences à partager… et jamais assez de temps !

Alors, j'ai profité de cette entrevue pour prolonger un peu la discussion.

Au menu : le nouveau visage de Sourcinc, quelques réflexions ramenées d'Amsterdam, un retour sur truMontreal et surtout, des questions qui méritent qu'on s'y attarde sur l'avenir du sourcing et des agences de recrutement à l'ère de l'IA. Questions qui dérangent ou pas, Sébastien n'en esquive aucune ;) 

Nouveau look pour Sourcinc ! Qu'est-ce qui se cache derrière ce changement ? Simple évolution de l'image ou réflexion plus profonde sur votre positionnement et votre modèle d'affaires ? Et pourquoi maintenant ?

Quand on a fondé Sourcinc en 2015, notre ambition était assez simple : faire les choses différemment et contribuer à faire évoluer une industrie qui, à notre avis, avait besoin de se réinventer.

Dix ans plus tard, notre entreprise a énormément évolué. On a développé de nouvelles expertises, investi dans la technologie, structuré nos méthodologies et élargi notre offre de services. Mais notre image de marque, elle, on y avait pas touché depuis 2015. Notre rebranding est donc venu corriger ce décalage. On voulait une marque qui représente mieux ce qu'on est devenus, mais surtout ce qu'on aspire à devenir.

Aujourd'hui, Sourcinc ne se limite plus à trouver des candidats. On accompagne nos clients dans leur stratégie d'acquisition de talents, on développe de l'intelligence de marché, on combine données, technologie et expertise humaine pour générer des résultats. Notre nouvelle signature, « The Hiring Engine », représente bien cette philosophie. On veut être un véritable moteur d'acquisition de talents pour nos clients.

Mais au-delà de l'image, il y a aussi quelque chose qui me tient particulièrement à cœur : Sourcinc est une entreprise d'ici, fondée au Québec, qui emploie des professionnels d'ici et qui contribue à notre économie. On est aussi à l’international depuis 2018.

Dans un contexte où on parle beaucoup de protectionnisme, de tarifs douaniers et d'achat local, je trouve parfois surprenant de voir des entreprises québécoises et canadiennes privilégier systématiquement des fournisseurs internationaux ou américains pour leurs services professionnels.

L'achat local, ce n'est pas juste pour les bleuets, le sirop d'érable et les produits à l'épicerie. Ça devrait aussi compter lorsqu'on choisit ses partenaires d'affaires.

Attention, je ne dis pas qu'on devrait choisir une entreprise simplement parce qu'elle est québécoise. La compétence, la qualité et les résultats doivent toujours primer. Mais à qualité comparable, pourquoi ne pas favoriser une entreprise qui investit ici, crée des emplois ici et connaît intimement notre marché ? Beaucoup d’agences et de firmes emplois des gens d’ici, mais ultimement les intérêts et les actionnaires sont à l’étranger.

Pour moi, le rebranding est aussi une façon d'affirmer cette identité : une entreprise québécoise, ambitieuse, innovante et capable de rivaliser avec les meilleurs joueurs internationaux.

Tu reviens du SOSU à Amsterdam. Qu'est-ce que tu y as entendu qui t'a fait réfléchir, voire remettre en question certaines de tes pratiques ? Et à l'inverse, y a-t-il des tendances dont tout le monde parle, mais auxquelles tu ne crois pas vraiment ?

Ce que je trouve fascinant avec le SOSU, c'est le côté hyper international, j’ai discuté, partagé un verre et mangé avec des sourcers de la Finlande, de l’Inde, de l’Australie, la Suisse, la France et des Pays-Bas. On réalise rapidement que les défis auxquels on fait face au Québec sont sensiblement les mêmes partout dans le monde. Par contre, certaines organisations sont beaucoup plus avancées dans leur façon d'aborder le sourcing, c’est super de pouvoir se benchmarker avec les meilleurs.

Cette année, le thème de l'authenticité dans un monde dominé par l'IA m'a particulièrement interpellé. On en revient à l’humain même si c’est principalement tech… une qualité humaine au milieu de cette révolution technologique.

Depuis des années, on cherche à rendre nos équipes plus productives. On développe des outils, des processus, des automatisations. Chez Sourcinc, ça fait partie de notre ADN. Mais avec l'IA, je pense qu'on doit maintenant se poser une question différente : est-ce qu'on cherche à faire plus de sourcing, ou à faire du meilleur sourcing ?

Parce qu'on peut automatiser énormément de choses, mais automatiser une mauvaise pratique ne la rend pas meilleure. Ça permet simplement de faire plus rapidement quelque chose qui n'était peut-être pas pertinent au départ.

C'est probablement l'une des réflexions que je ramène : il faut revoir nos processus à la lumière des nouvelles possibilités, plutôt que simplement ajouter de l'IA à nos façons de travailler actuelles.

À l'inverse, je suis assez sceptique devant le discours voulant que les agents autonomes vont remplacer les recruteurs et les sourceurs. Je crois énormément au potentiel des agents IA. Ils vont transformer notre industrie, c'est certain. Mais il y a une différence entre identifier un profil, comprendre un parcours professionnel et convaincre une personne de considérer un changement de carrière.

La technologie peut générer des possibilités. L'humain doit encore être capable de leur donner du sens, c’est pourquoi beaucoup de compagnies de SAAS commencent aussi à offrir du service… Et j'ajouterais une chose : ce n'est pas parce qu'un outil peut envoyer 10 000 messages personnalisés qu'il devrait le faire. À mon avis, on risque de confondre capacité technologique et création de valeur. Et ça, c'est un piège dans lequel notre industrie pourrait facilement tomber.

La conférence de Guillaume Alexandre, présentation d’ouverture de l’événement, annoncent aux 150 sourceurs qui ont fait le voyagement que leur job allait disparaitre, le sujet même de la conférence était appelé à mourir… bref vous imaginez que ça m'a particulièrement interpellé. Il abordait essentiellement une question que plusieurs préfèrent probablement éviter : et si le sourcing, tel qu'on le connaît aujourd'hui, était appelé à disparaître ? C'est une question assez inconfortable quand tu as bâti une entreprise entière autour de cette expertise !

Mais justement, je pense qu'on doit avoir le courage de se la poser. Mieux vaut se préparer au pire en espérant le meilleur, plutôt que de s'accrocher au passé en espérant que rien ne change, car le changement est inévitable.

Je ne crois pas que le besoin d'identifier, d'attirer et de convaincre des talents va disparaître. Par contre, je pense qu'une grande partie des activités qui composent aujourd'hui notre métier pourrait être profondément transformée, voire complètement automatisée.

Et si c'est le cas, qu'est-ce qui restera de notre proposition de valeur ?

C'est cette question que je ramène d'Amsterdam.

Chez Sourcinc, on a toujours été très axés sur l'innovation. Mais je pense qu'il faut maintenant aller encore plus loin et avoir le courage de remettre en question nos propres façons de faire, même celles qui ont contribué à notre succès. Quant aux tendances auxquelles je crois moins, je suis assez sceptique devant cette fascination pour l'automatisation à tout prix.

On parle constamment de productivité, de rapidité, d'efficacité, de faire plus avec moins. Et je suis le premier à vouloir améliorer nos processus. Mais j'ai parfois l'impression qu'on commence à confondre efficacité et facilité. La technologie devrait nous permettre d'accomplir des choses plus grandes, pas simplement de travailler moins fort. Je trouve qu'il y a un discours de plus en plus présent selon lequel on devrait pouvoir tout accomplir rapidement, sans trop d'efforts, sans inconfort et surtout sans sacrifices. Je n'y adhère pas.

Il y a une citation en anglais que j'aime particulièrement : « You won't find any reasonable man on the top of tall mountains. »

Pour moi, elle illustre bien quelque chose : les grandes réalisations exigent souvent une dose de déraison, beaucoup de persévérance et une volonté de prendre des risques que d'autres ne sont pas prêts à prendre. L'IA va nous donner des capacités incroyables. Reste à voir si on va les utiliser pour repousser nos limites… ou simplement pour devenir plus confortables.

Quelle discussion entendue à Amsterdam aimerais-tu voir arriver au Québec ?

J'aimerais qu'on ait une discussion beaucoup plus franche sur l'avenir de notre profession et, surtout, sur la valeur réelle que nous apportons aux organisations. On parle énormément des nouveaux outils d'IA, des agents autonomes et des possibilités d'automatisation. Mais on parle beaucoup moins de la transformation fondamentale de notre modèle d'affaires. C'est une question légitime que beaucoup de compagnies de SAAS se posent actuellement. Et je pense qu'on devrait être capables d'y répondre sans se réfugier derrière le traditionnel « l'humain restera toujours important ». Oui, l'humain restera important. Mais ce n'est pas une proposition de valeur en soi. Les clients ne paient pas pour notre humanité. Ils paient pour notre capacité à résoudre leurs problèmes.

Et c'est là que je pense que le recrutement doit évoluer.

On doit pouvoir développer une compréhension approfondie des marchés de talents, conseiller nos clients, anticiper leurs besoins et contribuer directement à leurs décisions d'affaires.

Pourquoi attendre d'avoir un poste ouvert pour comprendre où se trouvent les talents ? Je me posais cette question en 2015… et c’est encore d’actualité. Pourquoi ne pas intégrer l'intelligence de marché aux réflexions sur la croissance, la localisation des équipes ou les investissements ?

J'aimerais aussi qu'on arrête de mesurer la valeur du sourcing uniquement par le nombre de profils identifiés ou de candidats présentés, ou pire… sur le Time to fill!!! Un excellent sourcer n'est pas nécessairement celui qui trouve le plus de monde ou qui est le plus rapide. C'est celui qui comprend le mieux qui chercher, pourquoi le chercher et comment créer les conditions pour l'attirer. L'avenir du sourcing ne se jouera peut-être plus sur notre capacité à trouver des talents, mais sur notre capacité à comprendre ce qui les fait bouger.

Sourcinc était de nouveau partenaire de truMontréal cette année (merci !!!). Tu as participé à plusieurs discussions. Y a-t-il une intervention, une idée ou même un désaccord qui t'a particulièrement marqué ? Quelque chose que tu as continué à ruminer après la journée ?

Bon, je vais probablement perdre quelques points d'objectivité avec cette réponse, mais tant pis !

Mon coup de cœur de la journée, c'est définitivement la présentation de Charles Parent sur les Hot Takes. Oui, Charles fait partie de mon équipe chez Sourcinc. Oui, je suis probablement un peu biaisé. Mais je vais quand même le dire : c'était de loin mon highlight de la journée !

Ce que j'ai particulièrement apprécié, c'est la volonté de provoquer des discussions, de challenger certaines idées reçues et de sortir du discours parfois un peu trop consensuel de notre industrie. Je pense qu'on a besoin de plus de conversations comme celles-là.

En recrutement, on a développé une quantité impressionnante de certitudes : les candidats veulent tous la même chose, les nouvelles générations ne veulent plus travailler, le télétravail est indispensable, l'IA va remplacer tout le monde, les agences coûtent trop cher… Mais combien de ces affirmations résistent réellement à une analyse sérieuse ?

On gagnerait probablement à remettre en question davantage nos propres convictions. Personnellement, je trouve qu'on vit dans une époque où on cherche parfois tellement à ne froisser personne qu'on finît par ne plus rien dire de particulièrement intéressant. Une bonne discussion n'est pas nécessairement celle où tout le monde est d'accord. C'est celle où les participants repartent avec une idée qu'ils n'avaient pas en arrivant.

Et c'est exactement ce que j'aime de truMontréal.

D'ailleurs, je pense qu'on devrait collectivement avoir un peu moins peur du désaccord. Remettre une idée en question, ce n'est pas attaquer la personne qui la défend. Alors bravo à Charles pour avoir brassé la cage. Et promis, Sandrine, l'année prochaine je vais essayer de choisir quelqu'un qui ne travaille pas chez Sourcinc !

Avec l'IA, on nous annonce régulièrement la fin des agences de recrutement et des prestataires en sourcing. Comment reçois-tu ces prédictions ? Qu'est-ce qui, selon toi, risque réellement de disparaître dans notre métier ?

Ça fait longtemps qu'on annonce la mort du recrutement. LinkedIn devait remplacer les agences. Ensuite, c'était les plateformes d'emploi, les ATS, les outils d'automatisation. Aujourd'hui, c'est l'IA.

Mais cette fois, je pense qu'on aurait tort de balayer ces prédictions du revers de la main. Je ne crois pas que les agences de recrutement vont toutes disparaître. Par contre, je suis convaincu que plusieurs modèles d'affaires actuels ne survivront pas à cette transformation. Et je pense que ça va arriver plus rapidement que plusieurs le souhaitent. Si ta principale valeur consiste à chercher des profils sur LinkedIn, à envoyer des messages automatisés et à transférer des CV à tes clients, tu as probablement de bonnes raisons de t'inquiéter.

Parce que la technologie devient extrêmement performante pour accomplir précisément ces tâches.

La question n'est donc plus de savoir si l'IA va transformer notre industrie. C'est de savoir qui sera capable de transformer son entreprise suffisamment rapidement pour demeurer pertinent.

Et surtout, il faut continuer d'investir. Investir dans les compétences, les technologies, la formation et l'innovation. Même quand c'est inconfortable. Même quand le retour sur investissement n'est pas immédiat. Je pense que les prochaines années vont favoriser les entreprises qui auront le courage de remettre en question leur propre modèle avant que le marché le fasse à leur place. L'IA ne tuera peut-être pas les agences de recrutement. Mais elle risque d'être impitoyable envers celles qui refusent d'évoluer.

Y a-t-il une conviction que tu avais sur le sourcing quand tu as créé Sourcinc qui ne tiens-tu plus aujourd'hui ?

Quand on a fondé Sourcinc, je croyais profondément que notre principal avantage concurrentiel serait notre expertise technique en sourcing.

À l'époque, maîtriser les recherches booléennes, connaître les plateformes, identifier des profils difficiles à trouver et développer des méthodologies de recherche avancées représentait une véritable spécialisation. Et c'est sur cette expertise qu'on a construit une bonne partie de notre succès.

Aujourd'hui, je réalise que cette expertise demeure importante, mais qu'elle ne sera probablement plus suffisante pour nous différencier. D’ailleurs même avant l’arrivée de l’IA j’ai réalisé que les « sourcing skills » s’apprennent assez bien lorsqu’on a quelqu’un de motivé.

L'IA démocratise l'accès à des capacités techniques qui étaient autrefois réservées aux spécialistes.Ça ne signifie pas que tout le monde deviendra un excellent sourcer du jour au lendemain. Mais ça signifie que notre avantage concurrentiel technique doit évoluer. Je crois maintenant que notre plus grande valeur repose sur notre jugement, notre compréhension des enjeux d'affaires, notre créativité et notre capacité à établir des relations de confiance. Mais il y a aussi une autre conviction qui s'est renforcée avec les années : la technologie ne remplace ni l'ambition ni le travail acharné ni l’intelligence d’utiliser les machines de la bonne façon. Garbage in, Garbage out.

Je suis un grand partisan de l'équilibre de vie, mais je crois également que bâtir quelque chose d'exceptionnel exige parfois de faire des choix difficiles, de sortir de sa zone de confort et d'accepter une certaine dose de sacrifice. Dosé avec la capacité d’analyse, la faculté de comprendre et de s’adapter aux nouveau environnements, c’est là qu’on se donne les chances de gagner.

On vit dans une société où on valorise énormément la rapidité, la facilité et les résultats immédiats. Mais les grandes entreprises, les grandes carrières et les grandes réalisations se construisent rarement sans effort.

C'est vrai en entrepreneuriat. C'est vrai en recrutement. Et ce sera encore vrai avec l'intelligence artificielle.

Je pense même que l'IA va accentuer la différence entre ceux qui cherchent simplement à effectuer leur travail plus facilement et ceux qui vont utiliser ces nouvelles capacités pour accomplir des choses qu'ils n'auraient jamais imaginées possibles.

En 2015, je croyais que notre avenir dépendrait de notre capacité à trouver des talents mieux que les autres. En 2026, je crois qu'il dépendra surtout de notre capacité à apprendre, à nous réinventer et à oser davantage que les autres.Après plus de dix ans à bâtir Sourcinc, je suis encore convaincu d'une chose : il reste énormément de possibilités pour ceux qui sont prêts à travailler pour les saisir. Pi on est tellement jeune, on fait juste commencer !!!

"L'innovation technologique est essentielle, mais elle doit servir l'expertise, l'intelligence de marché et les relations humaines. Le rebranding est l'aboutissement naturel de cette philosophie, plutôt qu'un changement de direction."

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